Pour mon feu, pétillant et fragile

Les premiers frimas sont crus, tout en haut de la montagne… L’automne est arrivé il y a tout juste trois jours, et déjà, le froid.

Profiter de ce saisissement pour se retourner à l’intérieur, en soi, et puis dans les maisons, dans les bibliothèques, choisir le livre, revenir à lui, s’y plonger, goûter sa chaleur, inspirante.

La lecture comme le ventre chaud de la cheminée, pas encore de bois dans le foyer, mais besoin de bois pour notre feu intérieur : alimenter le feu, souffler doucement sur les braises, ne pas s’affoler si les flammes sont modestes, elles brûlent, elles sont là, admirer leur vaillance vacillante, écouter les premiers frémissements, les pages nous font crépiter au dedans et promettent un bel enthousiasme.

Entre deux créations, entre deux représentations, ne pas craindre l’extinction, le silence, l’invisibilité : au contraire, savourer le repos, la pause, retrouver le calme, le souffle de la lecture et de l’écriture.

Prendre le temps d’ouvrir le livre, grignoter les pages comme on savoure une noisette fraîchement tombée de l’arbre dans la terre mouillée, odorante, recouverte de feuilles dorées. Rire avec Katherine Mansfield, admirer la justesse de sa petite musique, douce et piquante, reconnaître les silhouettes de la « Garden Party », entendre les rires des enfants et les larmes ravalées des grands… Découvrir une nouvelle écriture, sentir la rudesse et la chaleur mêlée dans la ferme de « L’Annonce », s’interroger sur la parole que l’on aura envie de partager, plus tard, au plateau…

Ecouter la voix aigrelette et facétieuse de Louise Bourgeois, plonger dans son regard de vieille petite fille blessée et debout, y glaner de la force pour toujours.

Contempler la sagesse élégante d’un chaton, la profondeur de ses yeux en amande, et vouloir lui ressembler : alors, apprendre à délier son corps comme lui, sans brusquerie, poser la tasse de thé aux épices tout près, ouvrir le livre, goûter la chaleur ronronnante de son tout petit être sauvage et tranquille, et rêver.

Un peu de bois pour mon feu.

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